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L’hospitalisation d’une journaliste qui travaillait sur le COVID-19 soulève de graves inquiétudes

AI-Index: ASA 17/4655/2021

La vie de la journaliste citoyenne Zhang Zhan est menacée, son état de santé continuant de se dégrader très rapidement. Admise à l’hôpital en raison d’une grave malnutrition le 31 juillet, elle pèse aujourd’hui moins de 40 kg et a les jambes et les pieds gonflés. Sa mère a été autorisée à parler avec elle pour la première fois depuis février et lui a demandé instamment de revenir sur sa grève de la faim partielle. Cependant, Zhang Zhan reste déterminée à continuer son action afin d’affirmer son innocence et de protester contre sa condamnation, malgré les graves risques pour sa santé. Ne pouvant pas contacter sa famille et les avocats de son choix, Zhang Zhan reste menacée d’autres actes de torture et mauvais traitements, surtout si elle poursuit sa grève de la faim.

COMPLÉMENT D’INFORMATION

Ancienne avocate, Zhang Zhan est une journaliste citoyenne qui s’est exprimée activement sur la politique et les questions liées aux droits humains en Chine. En février 2020, elle s’est rendue à Wuhan, qui était alors le centre de l’épidémie de COVID-19 en Chine. Elle a utilisé des plateformes en ligne (notamment WeChat, Twitter et YouTube) pour rendre compte de l’arrestation d’autres journalistes indépendants et du harcèlement à l’égard de familles de victimes. Zhang Zhan a été portée disparue le 14 mai 2020 à Wuhan. Il a ensuite été révélé qu’elle était détenue par la police à Shanghai, à plus de 640 km de Wuhan.

Zhang Zhan a entamé une grève de la faim en juin 2020 pour protester contre sa détention et clamer son innocence. Malgré sa volonté de poursuivre cette action de protestation, les autorités du centre de détention auraient commencé à la nourrir contre son gré au moyen d’une sonde, et ses compagnes de cellule auraient également participé à son alimentation forcée. L’avocat de Zhang Zhan a indiqué qu’elle était très faible physiquement et souffrait de douleurs à l’estomac, de vertiges et de faiblesse quand elle marche. En outre, elle a été forcée de porter des entraves aux pieds et a eu les mains attachées 24 heures sur 24 pendant plus de trois mois, à titre de punition pour sa grève de la faim.

Le 28 décembre 2020, le tribunal populaire du nouveau district de Pudong a condamné Zhang Zhan à quatre ans de prison. Elle était accusée d’avoir «cherché à provoquer des conflits et troublé l’ordre public», accusation découlant de ses reportages sur le COVID-19. En avril 2021, la famille de Zhang Zhan a été informée qu’elle avait été transférée à la prison pour femmes de Shanghai. Zhang Zhan a poursuivi sa grève de la faim partielle depuis son transfert et ne mange que des aliments légers comme des biscuits ou du mantou (petits pains cuits à la vapeur).

Zhang Zhan a pu parler avec sa mère le 2 août pour la première fois depuis février 2021. Celle-ci lui a demandé instamment de revenir sur sa grève de la faim lors des deux appels qui leur ont été accordés. Cependant, Zhang Zhan reste déterminée à continuer son action afin d’affirmer son innocence et de protester contre sa condamnation, malgré les graves risques pour sa santé. À ce jour, toutes les demandes de visite formulées par la famille de Zhang Zhan ont été refusées sans qu’aucune raison ne soit fournie.

Les journalistes citoyens ont été la principale, sinon la seule, source d’informations non censurées et de première main sur l’épidémie de COVID-19 en Chine. Ils ne sont guère nombreux en Chine car ils ne peuvent pas obtenir d’accréditation officielle pour rendre compte de l’actualité. Les journalistes citoyens en Chine sont constamment harcelés et réprimés parce qu’ils publient des articles et diffusent des informations censurées par le gouvernement.

Selon de nombreuses sources, des journalistes indépendants et des militant·e·s ont été harcelés par les autorités pour avoir partagé des informations relatives au COVID-19 sur les réseaux sociaux. On peut notamment citer Chen Qiushi, avocat et journaliste citoyen connu pour son franc-parler, qui a dit avoir été harcelé par les autorités après avoir mis en ligne des séquences vidéo filmées dans des hôpitaux de Wuhan, ainsi que Fang Bin, habitant de Wuhan, brièvement détenu après avoir diffusé une vidéo montrant, semble-t-il, les corps sans vie de personnes ayant succombé au COVID-19.

«Chercher à provoquer des conflits et troubler l’ordre public» (寻衅滋事罪) est une infraction définie de manière floue et générale à l’article 293 du Code pénal chinois et largement utilisée contre les militant·e·s et les défenseur·e·s des droits humains. Elle se limitait initialement aux actes ayant perturbé l’ordre dans des lieux publics, mais son champ d’application a été élargi en 2013, de sorte qu’Internet est aussi concerné désormais. Toute personne déclarée coupable de cette infraction encourt jusqu’à cinq ans d’emprisonnement.

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